Critique média : un nouveau test sur le modèle du changement (journaux de quartiers)

En vue d’étendre nos discussions en lien avec la critique média, mais également de nourrir la réflexion sur le concept de e-quartier et, en particulier de e-plateau, nous avons soumis le modèle du changement à un nouveau test. Nous avions testé, une première fois notre modèle du changement — un test générique et un test spécifique — l’hiver dernier (février 2012) et avions profité de ce test pour peaufiner, voire simplifier, ce modèle. Le test effectué sur la nouvelle orientation du réseau des bibliothèques publiques de la Ville de Montréal (RBP) avait remporté un certain succès, mais avait engendré de nombreuses critiques pour notre incapacité à synthétiser les documents et les informations, alors même que nous souhaitions cette réflexion accessible à tous.

Aussi, bien que nous espérons arriver à un résultat synthétique plus rapidement à l’occasion de ce nouveau test, nous réitérons notre espoir qu’un plus grand nombre d’amateurs et d’amatrices du genre voudront bien produire des vulgarisations de ce modèle, forcément théorique. Toutefois, déjà, afin de rendre la discussion plus conviviale, nous produirons plus régulièrement de courts billets (1 ou 2 pages), plutôt que d’entreprendre de « synthétiser » en un seul document le résumé de la réflexion à point donné; bref, nous apprenons de nos erreurs et nous vous remercions de prendre le temps de nous les souligner, le cas échéant.

Édition du jeudi 26 avril 2012 avec autopromotion en entête «Le Plateau 2.0. »

 

INTRODUCTION AU MODÈLE DU CHANGEMENT

Le deuxième test de notre modèle du changement sera conduit sur les journaux de quartiers et, en particulier, les journaux de quartiers de quartiers culturels. Avant d’aborder le cœur de notre sujet, il convient toutefois de rappeler quelques éléments de notre modèle du changement et… avant tout, sans doute, de rappeler ce qu’est un modèle!

Un modèle est une abstraction qui traduit une réalité réduite ou synthétisée dans sa plus simple expression.

Aussi, il n’est jamais superflu de rappeler qu’un modèle ne prétend pas refléter la réalité, mais offre plutôt un horizon pour l’approcher. En approchant ainsi une réalité à partir d’un modèle, il découle nécessairement que plusieurs variables se trouvent complètement ignorées; souvent même, c’est la très grande majorité de ces variables qui pour une raison ou une autre, « n’entrent » tout simplement pas dans le modèle.

À titre d’exemple, le modèle économique usuel – la fameuse main invisible du marché – constitue le modèle le plus connu au point où il est de plus en plus reconnu comme un paradigme dominant de la sagesse populaire, suffisamment du moins, pour qu’on puisse l’envisager comme un modèle du statu quo dans le contexte qui nous occupe.

Ce modèle ne tient à priori compte que de deux variables : l’offre pour un produit donné et la demande pour ce même produit.

En jouant une variable sur l’autre, on arrive à différents scénarios où, par exemple, on peut déterminer des points de balance où l’offre serait si forte par rapport à la demande que le prix du produit subirait une forte baisse ou, au contraire, qu’une mise en veilleuse de la production du bien permettrait un meilleur contrôle sur l’offre et, absolument, du maintien de son prix au-dessus de la marge de profit espérer par la compagnie productrice du bien.

Au Québec, au cours des 20 dernières années une frange significative de la population s’est mise à douter que le marché de l’essence fût dicté par une main invisible (l’offre et la demande du modèle que nous venons de décrire). La perception du grand public, à tort selon l’industrie pétrolière et, après enquête, le gouvernement québécois, suggérait que les compagnies de distributions de carburant augmentaient significativement leurs prix les jours de paye et aux veilles des longs congés fériés indépendamment des pressions que soulevaient ces situations sur le marché; ce scénario évoquait de plus en plus des scénarios de collusion entre les grandes pétrolières.

Dans ce débat, la perception du grand public est un très bon exemple de facteur, d’indice ou de variable complètement ignorée par le modèle, qui, rappelons-le, ne joue, à priori, que sur deux variables et n’expose que celles-ci : l’offre et la demande.

La vigilance accrue sur ce secteur d’activité à entraîner les institutions, la presse spécialisée puis la presse grand public à revoir ces explications sur le roulement de ce marché : depuis la fin de décennie 2000, il n’est pas rare qu’un régulateur d’opinion publique vulgarise les pressions sur le marché à faisant référence, ici, à un trouble civil dans une région du Moyen-Orient ou, un ouragan de force 4 – ou que sais-je? – dans les Caraïbes.

À ce titre, la critique média s’applique à discréditer d’abord l’explication – en présumant que le régulateur d’opinion fausse volontairement la donne en élaguant de son analyse l’intérêt que constitue pour les grandes places financières du Monde le statu quo quant à une plus grande dissémination du modèle économique dit de la « main invisible, » et, secundo, qu’une plus grande dissémination et consommation de ce modèle par le grand public ralenti le progrès social puisqu’en retour, le grand public est plus enclin à accepter le statu quo en, par exemple, à son tour, ignorant et son instinct – le prix à la pompe semble plus élevé tous les jeudis, mais le pétrole est acheté en grande quantité à l’avance – et sa connaissance des marchés boursiers : derrière les extraordinaires bonus de fin d’année que s’octroient les grands dirigeants d’institutions financières, il y les courtiers attirés par l’appât du gain et qui cherchent, évidemment, à vendre avec la marge de profit la plus importante possible, fut-ce parce que l’ouragan était de force 3 ou de la très connue force 4…

Cette critique et d’autres bien sûr engendrent une concurrence entre différents modèles.

Si le modèle de la main invisible croule sous les attaques, il faut bien pouvoir compter sur un ou plusieurs autres modèles pour prendre sa place. Aussi, assistons-nous à l’émergence et la popularisation d’une variété de modèles. On pourrait même parler d’un marché des modèles théoriques, où les progressifs tout comme le grand public, sont invités à piger ce qui leur plaît le plus d’une alternative et d’une autre et se constituer un esprit toujours plus critique quant à l’hégémonie réelle ou appréhendée du modèle dit du choix économique rationnel, qui, en gros, stipule que les citoyens sont des consommateurs avertis et qu’ils effectuent des choix rationnels, rationalisme qui ici est limité au rapport cout / bénéfice, mis en opposition d’après le modèle économique d’Adam Smith (la main invisible du marché).

Pas étonnant qu’on soit tenté de faire la parallèle avec la perte des repères religieux contemporaine : la main invisible d’Adam Smith, pour plusieurs, c’est Dieu.

Parmi les modèles émergents les plus notoires, on compte ceux qui s’inscrivent dans la logique du développement durable. Ces modèles proposent d’envisager le modèle de l’offre et de la demande comme obsolète parce qu’il base sa croissance sur une raréfaction des ressources (une diminution constante ou du moins assurée de la ressource exploitée) et, qu’à terme, cela signifie que chaque croissance réinscrit un peu plus près de nous l’obsolescence du modèle.

Par conséquent, ce modèle ne peut constituer un modèle de développement durable : en d’autres mots, il ne peut plus constituer les fondations sur lesquelles notre système économique et nos sociétés peuvent espérer se construire et prospérer.

Chez Folke (1991) adapté par Ann Dale (At the Edge, UBC Press, 2002), par exemple, on retrouve le modèle « d’exploitation, » où les systèmes socioéconomiques sont liés aux autres systèmes (l’environnement, le travail et la technologie, le capital et la créativité humaine, les ressources naturelles, etc.) dans une perspective où la croissance est « bonne, » de manière inhérente.

Ann Dale note à propos de ce modèle, qu’il envisage les autres systèmes comme des externalités indépendantes du marché et substituables les unes par les autres : en d’autres mots, on peut y remplacer un travailleur par un baril de pétrole, sans problème, même si l’accouplement de deux barils de pétrole est peu probable… Plus sérieusement, elle confirme que les modèles basés sur « l’exploitation » (certains critiques du système capitaliste parlent de surexploitation, voire de sursurexploitation, quand le système salive à l’idée d’une catastrophe naturelle, de force 3 ou 4…) ne tiennent pas compte de l’impossibilité d’envisager toutes les externalités économiques sur le même pied : la créativité humaine, par exemple, constitue une ressource renouvelable, adaptative, changeante, par opposition au pétrole, par exemple.

Toujours chez Dale, on retrouve le modèle « intégriste » où l’espèce humaine est interdépendante des autres espèces et où les écosystèmes naturels enveloppent, pour ainsi dire, les systèmes créés par l’homme (écologique, social et économique). Dans ce modèle, l’emphase est placée sur l’évolution des systèmes créés par l’homme (y compris la nature des lunettes qu’il emploie pour envisager l’écologie et par extension, la nature) et les systèmes écologiques naturels envisagés, ici, dans une forme tendant plus vers l’infinitude, comme l’environnement de notre planète ou l’avenir de notre système solaire.

Dans cette lignée très contemporaine de modèles récupérés par les militants du développement durable et les promoteurs d’une meilleure sensibilisation de la population aux changements climatiques, on retrouve un modèle créé par un élu de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, Monsieur Carl Boileau qui reprend ces thèmes dans une illustration concentrique où la planète prime et où l’individu constitue l’ « atome » fondamental au centre de « tout. »

L’intelligibilité de ce modèle est intéressante, mais malheureusement la forme utilisée, évoquant la duplication atomique, n’arrive pas à poser des questions plus postmodernes, en outre, celles qui relèvent du langage. Par exemple, comment envisager la question du « bien commun, » dans une optique de développement durable, sans redéfinir ce qui est « bien, » quand on sait qu’on achète un « bien » dans nos sociétés capitalistes avancées, alors que l’obsolescence du produit est inscrite dès l’étape du design?

Plus près de chez nous, le ton-mile-end.net élabore un modèle dit du changement qui cherche à challenger la théorie dite du choix rationnel (l’analyse des couts et des bénéfices), en outre quand cette analyse sert de pierre d’assise dans le développement de politiques, de politiques publiques ou d’initiatives autrement administratives.

Ce modèle se veut un outil de travail, qui permet de poser de nouvelles questions et d’espérer des résolutions originales à des problématiques qui autrement n’auraient peut-être jamais été adressées. Il peut facilement s’inscrire dans une logique de « culture durable, » en outre parce qu’il table sur la constitution d’un marché des idées, évoluant parallèlement au marché de l’offre et de la demande et que la créativité humaine est une ressource renouvelable.

D’un point de vue strictement économique, le modèle du changement fait la jonction entre l’innovation et la recherche fondamentale (même si elle est parfois sociale, en ce sens où notre propre recherche se veut postmoderne, accepte les biais subjectifs liés au contexte de la production intellectuelle (dite ici fondamentale). En outre, elle pose la question de ce rapport entre l’économie, comme sagesse populaire, et la recherche en cherchant à établir une praxis culturelle entre les deux où la recherche fondamentale en art est envisagée comme une ressource d’idées neuves à exploiter, à récupérer, à transformer, à hybrider ou à disséminer.

Pour conceptualiser le tout, nous parlons donc d’un marché des idées qui évolue en parallèle au marché de l’offre et de la demande. Bien que nous les envisageons indépendants l’un de l’autre, ces deux marchés peuvent être mis en interdépendances (par exemple, parce que le premier constitue le marché qu’il faut explorer pour innover, ou, encore, parce qu’il faut bien que les artistes paient leurs loyers au début de chaque mois, et ce, même si une partie de leur boulot consiste à critiquer notre société, le système capitaliste ou, encore, à défier le libéralisme et les échanges qui se produisent sur le marché des idées.)

LE MODÈLE DU CHANGEMENT

Le modèle du changement se base sur une hypothèse et une série d’interventions (simulées) dite positives ou négatives. Il postule que l’idéal culturel sera atteint de toute manière, c’est-à-dire nonobstant que les interventions simulées s’avèrent positives ou négatives. Ici, la culture-sujet tend toujours vers un idéal d’enrichissement de l’expérience collective ou humaine.

Aussi, dans le contexte du modèle du changement parle-t-on d’interventions positives lorsqu’une initiative, une action ou une politique (ou toutes autres rubriques qui peuvent convenir à l’utilisateur du modèle) dissocie le culturel du système de l’offre et de la demande.

Par exemple, dès lors que la valeur d’un bien ou d’un service est indépendante des conditions de son offre ou de sa demande. En somme, une intervention se veut positive si elle permet de croire qu’une frange toujours plus importante de la population reconnaîtra la valeur intrinsèque de la culture à la suite de cette intervention sur le système étudié.

Les exercices ou les tests sur ce modèle permettent de discuter un marché des idées qui évolue parallèlement à celui de l’offre et de la demande, du moins, sur un plan théorique. Les exercices et les tests effectués sur ce modèle permettent également d’envisager des facteurs d’avant-gardes qui permettent d’envisager des modèles, des thèses ou des interventions sur le marché qui excluent le statu quo de l’horizon d’attentes; aussi, parlons-nous de ce modèle, comme du modèle du changement. En dernier lieu, ce modèle est également d’intérêt pour ceux et celles qui critiquent la société ou qui souhaitent tout simplement avoir une meilleure emprise sur le changement, contribuer à démocratiser les discours et les valeurs nouvelles et bref, participer du changement plutôt que de le subir.

Depuis le test sur la nouvelle orientation des bibliothèques publiques, nous ne faisons plus mention de(s) courbes hyperboliques au sein du modèle, parce qu’elle(s) semblaient créer trop de confusion pour l’intérêt réel que nous croyions au départ pouvoir susciter en intégrant ce volet au modèle du changement. Aussi, le modèle du changement se lit maintenant comme suit :

  1. Une hypothèse
  2. Un scénario où une ou plusieurs interventions sont projetées, sous forme de lignes de croissances sur un plan cartésien, dont l’axe des ordonnées correspond à une mesure temporelle (t1,t2, t3…) et où l’axe des coordonnées mesure le progrès de la culture vers son idéal culturel. Les interventions sont décrites comme positives ou négatives, selon que l’intervention dissocie la culture de la rentabilité de la production testée (positive) ou contribue à l’associer (négative). Dans un cas comme dans l’autre (positives ou négatives), les interventions sont traduites sur le modèle comme une courbe de croissance : une intervention négative n’empêche pas le domaine culturel de tendre vers idéal de dissociation de la profitabilité économique, mais ralentit ce progrès. Aussi, une courbe négative a son point de départ plus bas sur l’axe des coordonnées que le précédent point de rupture, et une courbe positive, son point de départ, plus haut que le point de rupture précédent. Dans les deux cas, on parle d’une courbe de croissance (une flèche dont la pointe est dirigée vers le haut, à 45 degrés par exemple.)
  3. Un test générique.
  4. Le test d’une hypothèse nulle, pour confirmer ou infirmer une hypothèse.
  5. Une méthode évolutive et postmoderne.
  6. Un biais subjectif déclaré.
  7. Une critique du test.
  8. Des recommandations pour le pour améliorer le modèle ou la qualité des tests.

***

OUVERTURE DE LA DISCUSSION 

LE MODÈLE DU CHANGEMENT APPLIQUÉ AUX JOURNAUX DE QUARTIERS ET AUX JOURNAUX DE QUARTIERS CULTURELS EN PARTICULIER

Nous avons choisi comme hypothèse qu’une plus grande professionnalisation du contenu populaire sur Internet entraîne une nouvelle modulation de l’industrie de l’information – qui, rappelons-le, au Canada, constitue une industrie interreliée avec celle de la culture, comme le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine au Québec.

Cette nouvelle modulation pousserait les journaux de quartiers, associés de manière générale au monde économique vers une appropriation d’un espace que laisseraient les grands médias afin de s’adresser à une clientèle toujours plus cosmopolite.

Dit vitement, dans ce scénario, le média local cherche à traduire l’ordre et l’intérêt public en s’établissant comme un organe de presse édité, par opposition au contenu populaire.

Appliqué au modèle du changement, ce scénario pris dans son ensemble semble retarder un idéal culturel où une population toujours plus grande reconnaîtrait la valeur intrinsèque de la culture. Cela dit, nous avons projeté trois « interventions » sur le modèle, dont deux s’avèrent positives :

Premièrement, bien que le choix du Huffington Post (Québec) de ne pas rémunérer ses blogueurs puisse s’inscrire dans un modèle d’affaires visant une plus grande maximisation des profits et que le produit final – l’entrée de blogue – puisse donc, à priori, constituer une association du culturel et de l’économique, nous avons plutôt opté pour considérer l’intervention comme positive.

Il nous semble que les conditions de production intellectuelle tendent à dissocier le service culturel – le contenu du billet étant publié sur un support intangible, celui ne peut être envisagé comme un « bien » culturel – du marché de l’offre et la demande, et de la logique de la rentabilité.

Par conséquent, une telle intervention peut se traduire positivement sur notre modèle, puisqu’elle contribue à une meilleure reconnaissance de la valeur intrinsèque de la culture, par l’entremise du service culturel ainsi livré.

À cette étape, se demander si les contributions populaires enrichissent l’expérience humaine ou collective relèverait d’un jugement de valeur.

Toutefois, la présence de nombreuses entrées populaires permet d’espérer pouvoir conduire un test avec des données empiriques. Le cas échéant, nos propres biais suggestifs pourraient être mis en relief. De même, nous pourrions confronter l’appréhension que la professionnalisation du contenu populaire sur Internet entrainera les médias locaux à chercher à mieux s’établir dans le créneau présentement occupé par les grands médias, celui des voies médiatiques plus officielles, plus « garantes » de l’ordre et de l’intérêt public (parce qu’éditées), tout en continuant de véhiculer des valeurs très proches de celles créées par le paradigme de « la main invisible , » où les interventions sur le milieu sont proscrites au profit d’un laissez-faire des lois du marché.

En bref, une telle situation provoquerait, à terme, une association encore plus grande des productions et des réalisations culturelles aux lois du marché et où la qualité de celles-ci est souvent réduite à leur profitabilité en terme de recettes ou de création d’emplois.

***

De même, à la suite de ce test, il est permis d’espérer que nous pourrons rapidement procéder à un autre test, celui conçu à partir d’une hypothèse nulle, afin de mieux concevoir ou expliquer comment et pourquoi, malgré le positivisme de certaines interventions ici testées sur notre modèle du changement, le scénario en général semble ralentir la culture de son idéal d’émancipation des lois du marché économique.

Pour dire simplement, malgré que nous ayons conduit le présent test à partir de deux interventions positives sur trois, le scénario semble négatif dans son ensemble: est-ce seulement un jugement de valeur? Un test à partir d’une hypothèse nulle nous permettra de décortiquer un peu plus en avant ce qui, pour l’instant, semble si mal se traduire.

À titre d’exemple, si nous devions procéder immédiatement à un test à partir d’une hypothèse nulle, nous pourrions étudier la possibilité que la professionnalisation du contenu populaire sur le réseau Internet plutôt que de provoquer un mouvement des médias locaux vers le créneau déjà occuper par les grands médias – qui eux muteraient, peut-être vers un lectorat résolument plus cosmopolite, internationaliste, voire ultralibéral —, ferait glisser les médias locaux vers des politiques de représentations plus proches de ce qu’on reconnait actuellement dans les médias communautaires.

À première vue, si l’hypothèse nulle, venait à infirmer l’hypothèse qu’aujourd’hui nous avons soutenu et se confirmait, nous croyons qu’un tel scénario permettrait une reconnaissance accrue de la culture pour sa valeur intrinsèque et qu’elle traduirait donc un changement bénéfique pour les journaux de quartiers, lorsqu’on les envisage dans l’optique d’un scénario appliqué au modèle du changement.

En somme, ce scénario poserait des questions laissées de côté par le présent test, en outre, toutes les questions qui concernent le type de glissement que l’on peut appréhender au sein des médias communautaires suite à une nouvelle modulation de l’industrie de l’information où les journaux de quartiers « bougeraient, » soient vers le crénaux présentement occupé par les grands médias ou vers les crénaux présentement occupé par les médias communautaires.

Aussi, advenant qu’une hypothèse nulle (H0) telle que : « la professionnalisation du contenu populaire sur Internet entraînera les médias locaux vers une forme de contenu plus près du créneau présentement occupé par les médias communautaires » se confirmerait et, du même coup, infirmerait notre hypothèse de départ (H1) voulant que « la professionnalisation du contenu populaire entraînera les médias locaux vers une forme de contenu proche de celle qu’occupe présentement les grands médias, » nous assisterions sans doute à un changement plus significatif sur le paysage médiatique.

On peut postuler, pour le moment, que les médias communautaires glisseraient vers des formes que l’on associe présentement aux médias sociaux ou d’autres formes proches d’hyperlocal engagé.

De la télévision, de la radio et de la discussion en continu sur Internet, dans un proche avenir, dans une Ville, disons de l’importance de Montréal? Pas impossible.

Pour consulter l’outil de travail correspondant: le modèle du changement et les journaux de quartiers culturels.

RETOUR AU TEST : le voir.ca et leplateau.com

Nous avons également projeté sur le modèle du changement l’arrivée de blogueurs rémunérés sur le voir.ca et l’adoption du web 2.0 par le journal de notre quartier, le Journal Le Plateau (leplateau.com) qui s’est avéré particulièrement dynamique, en outre, sur twitter – la journaliste (Daphnée Tranchemontagne) est accessible, annonce ce qu’elle fait aujourd’hui, les textes nouvellement en ligne et les textes qui se retrouveront en ligne demain.

L’information est récupérée, parfois transformée par le fil du journal ( @Journalplateau ) et habilement disséminée avec des mots clics. De même, la journaliste fait sa propre revue de presse sur son mur Facebook personnel, tant de productions intellectuelles qu’il est interdit de ne pas considérer comme des « services culturels » à l’heure du numérique.

Contrairement, à l’intervention dite « positive » du Huffington Post (Québec) (avec son contenu populaire non rémunéré), nous avons considéré la rémunération des blogueurs du voir.ca comme constituant une intervention négative – malgré notre solidarité pour les blogueurs et blogueuses qui s’opposent à la forme d’échange non rémunéré que propose le Huffington Post, par opposition à celle du voir.ca – parce que nous avons considéré que l’auteur du contenu pouvait être influencé dans le choix des sujets qu’il aborde par des raisons proches de celles que l’on associe généralement à la maximisation.

Or dans ce modèle, une des balises privilégiées pour déterminer le « positivisme » d’une intervention consiste justement à poser la question de l’association ou de la dissociation du bien ou service culturel du marché de l’offre et de la demande.

Il faut sans doute admettre ici que le cas du voir.ca et du Huffington Post se neutralise, pour ainsi dire, dans ce scénario et qu’une recherche beaucoup plus poussée – pas nécessairement avec des données empiriques – permettrait à la fois d’améliorer le modèle du changement, de réfléchir ses faiblesses, mais aussi de générer de littérature très contemporaine sur la professionnalisation du contenu populaire sur le réseau Internet.

C’est donc l’adoption du web 2.0 par le journal Le Plateau, comme intervention sur le modèle du changement qui s’est avéré « tranchée » le débat.

Nous avons choisi de considérer cette intervention comme positive, parce que nous croyons que les nouveaux impératifs liés à la gestion de l’information éloignent le Journal de son modèle d’affaires original. Tout comme il y a une dizaine d’années il était de mise de chercher à déceler dans les textes des professionnels de la communication d’éventuels changements liés à l’intérêt que l’on portait aux moteurs de recherches, il est peut-être venu le temps de se demander quels types de changements provoqueront la quête de la viralité Internet.

Pour une réflexion qui s’articule à partir d’un modèle du changement, il s’agit là de questions très contemporaines – et surtout, qui n’engage que très peu les jugements de valeur et qui, donc, ne semble pas à priori nécessiter une neutralisation axiologique excessive.

Voilà, la discussion est lancée; nous souhaitons qu’elle vous plaira et d’ici notre prochaine contribution, n’hésitez pas commenter l’actuelle entrée.

Pour revenir à la page d’acceuil de la plateforme ton-mile-end.net

 

13 réflexions au sujet de « Critique média : un nouveau test sur le modèle du changement (journaux de quartiers) »

  1. L’idée de mesurer « l’avancement culturel » peut paraître issue d’une autre époque et aurait mérité plus de précisions. Elle est en effet inspiré de Jacques Ruffié qui, cherchant à mesurer les productions culturelles, associait divers âges de l’humanité avec des innovations. Les exemples de brevets, de doctorats ou de pages publiées sont sans doute plus évidents que l’exemple des entrées sur les murs Facebook ou, encore, les entrées sur les fils twitter. Cela dit, on reconnaît les magazines comme des supports de créativités parallèles, bref, comme un espace où l’hybridation des idées parallélise le continuum de la créativité (mesurer comme une tension entre le rationalisme à outrance et l’irrationalisme, en psychiatrie on parlerait peut-être, par exemple, d’un pôle névrotique et d’un pôle psychotique.) Or, il appert que les blogues constituent un nouvel avatar de ce type de support de créativité parallèle et que par extension les productions intellectuelles diffusées sur Facebook ou twitter constituent des entrées culturelles contemporaines qui parfois répliquent un comportement appris en société ou sur le web, un peu comme on parlerait de mimétique sociale, et parfois innovent (en forme ou en contenu, ou les deux). On ne cherchait ici évidemment pas à soutenir qu’une société qui « produisait » plus de blogues, ou plus de twitter était culturellement plus avancée qu’une autre, mais bien qu’on pouvait envisager ces productions comme des éléments culturels, aussi significatifs que « une » thèse de doctorat ou, encore, le nombre de livres publiés l’année dernière, par rapport au trimestre en cours.

  2. Il semble important de dissocier une éventuelle « méthodologie » que l’on appliquerait à la « critique média, » d’une éventuelle « méthode » qui servirait à préciser le modèle du changement que le ton-mile-end.net élabore, même dans le contexte d’un test effectué sur ce modèle du changement. Dans les deux cas, nous espérons que ce nouveau centre d’intérêt sur la plateforme s’avérera populaire et que les discussions qui entoureront le sujet susciteront non seulement des débats, mais des idées nouvelles – en outre, et en particulier, en ce qui concerne les questions de méthodes ou de méthodologies.

  3. Dans un court échange sur le site lesbeauxprojets.com , concernant le journalisme à l’heure du numérique et des réseaux sociaux, Madame Lortie m’a vivement suggéré de m’intéresser à l’utilisation des réseaux sociaux par le journaliste Andy Carvin (NPR) ( @acarvin ). Pour ce soir, je mets un lien vers cet échange afin que vous puissiez le consulter ou y participer et j’essayerai de revenir avec plus d’information sur l’utilisation qu’il fait de son fil twitter (commentaire d’une vingtaine de caractères, sources, etc.)

  4. La Ville de New York (Mannathan) compte 4 chaînes télévisées communautaires continues disponibles sur le réseau Intenet: Community Channel, Lyfestyle Channel, Spirit Channel et Culture Channel.
    Est-il trop tôt pour requérir que Montréal en compte une? La popularité de la couverture des manifestations tenues dans le cadre de la grève étudiante des Québécois et des Québécoises par CUTV rend-elle ces questions plus urgentes à que jamais? Peut-on même envisager qu’un arrondissement rendrait disponible l’infrastructure technique disponible afin qu’une plus grande multitude de voix puissent s’exprimer? De telles chaînes dévouées à l’hyperlocal, qui risquent d’être peu populaires durant les premières années, mettront-elles une plus grande pression sur les grandes chaînes de télévision pour réduire leurs frais d’exploitation et au bout du compte réduire la qualité de l’offre télévisuelle? Une telle situation pourrait-elle bénéficier aux artistes aux praxis audacieuses et originales?
    Vos suggestions, commentaires, questions et critiques, comme toujours, plus que bienvenus, souhaitables!

  5. Le journalisme écrit traditionnel — l’écriture d’articles, par opposition aux autres genres journalistiques — cherche à atteindre un « idéal d’objectivité, » où la voix personnelle du journaliste s’efface au profit d’une révélation d’un état extérieur à lui-même. Afin que le genre évite de tomber dans la série d’informations distribuées comme une chaîne de fils de presse, on ajoute nuances et couleurs avec des citations. Seuls les lieux communs peuvent être « tolérés » sans l’utilisation, par exemple, de chevrons. Offrir deux côtés de la médaille constitue un raccourci vers cet idéal: cela ne constitue toutefois pas un préalable pour que l’article se confirme dans son genre. Dans sa chronique d’aujourd’hui (24 mai 2012), la chroniqueuse Rima Elkouri (La Presse) reprend ces réflexions dans un esprit de démocratie participative qui mérite d’être salué :

    Je ne suis pas objective

    La critique média traditionnelle réussie généralement à promouvoir l’idée d’une plus grande permutation des voix qui s’expriment et même d’une plus grande multitude des voix entendues (et des idées débattues). Par contre, la critique média plus poussée ou plus nouveau-genre qui requiert que ce ne soit pas seulement des journalistes qui s’expriment s’accomplit plus difficilement au sein des médias traditionnels ou des médias de masse habitués à l’impératif d’être éloquents pour « le plus grand nombre. » On retrouve ce débat au sein de l’univers social, en outre, chez les historiens, qui se réclament du droit de choisir ici des anecdotes qu’ils trouvent intéressantes sans commettre de manquements à un impératif d’objectivité quantifiable et qualifiable, qui serait, de toute manière, impossible à atteindre.

  6. Trouver l’erreur, le procès sur le mérite littéraire de Howl d’Allen Ginsberg a eu lieu à la fin des années 50 (1957); en gros le juge, décida que l’oeuvre n’était pas obscène, qu’elle ne devait pas être frappée d’un interdit de publication: enlevons tous nos caleçons, nous sommes libres, nous avons gagné, dirait Ginsberg.

    Tous et toutes sauf les chroniqueurs d’humeur de la Presse de Montréal qui ont subi la critique analytique du columniste Alain Dubuc; Monsieur Dubuc, dans son « Chercher l’erreur, » du 28 mai 2012 déclare, extensivement :

    « Ce mouvement, peu structuré, marque plutôt une victoire de la passion sur la raison. Les arguments factuels, très défavorables aux étudiants, ont été rapidement balayés, parce que le débat s’est déplacé sur le terrain des émotions. Difficile de discuter avec une casserole! »

    « Ce glissement du débat, on le voit très bien dans le clivage entre les points de vue des journalistes qui signent des textes d’opinion dans La Presse. Les chroniques d’humeur appuient le mouvement étudiant et les textes analytiques approuvent les hausses. »

    Bon, la victoire de la passion sur la raison et les arguments factuels, difficiles à comprendre si comme on le pense il fait allusion aux réponses de répondants d’une enquête d’opinion, une question, un choix de réponse et si, méthodologiquement correcte, qui évacue les allusions à un quelconque compte-rendu factuel.

    Le bât blesse foutrement plus ouvertement quand les chroniqueurs et chroniqueuses de son quotidien sont relayés au rang de petits populistes, qui pour un oui ou pour un non sautent les clôtures et « prennent » pour le bon peuple pour leur faire plaisir. Peu importe le sens que l’on veut attribuer à « l’analytique » à laquelle Monsieur Dubuc fait référence, on parlera de son contraire comme d’une synthèse: en associant ces chroniqueurs à du bon peuple à peine digne de lire le quotidien de la rue St-Jacques, Monsieur Dubuc va loin et on se demande qui il cherche à joindre? Ceux et celles qui aiment ces gens, qui parfois pensent comme nous, parfois pensent le contraire, qui parfois n’ont rien à foutre de ce que l’on pense et qui sont juste là pour donner un angle supplémentaire à la nouvelle?

    Le journal en lui-même constitue une telle synthèse et quand on tombe sur le « Chercher l’erreur » de Monsieur Dubuc, en faisant un peu d’analytique, on arrive à la conclusion qu’un bon texte est un texte qui respecte les unités aristotéliciennes de temps, de lieu et d’action: le théâtre de Racine, propose des personnages qui sont, justement des mouvements de passions dans un décor de raison d’État…, dans un 17e siècle qui reprend les grands thèmes d’un autre siècle classique, celui de Périclès. Dans un tel contexte, pas de place pour les chroniques de toute manière, qu’elles soient d’humeur, ou non. On se demande jusqu`à quel point il est possible d’être déconnecté de l’époque à laquelle on vit et comment on peut afficher un tel mépris pour des collègues de travail — aux dernières nouvelles, des intellectuels, qu’on se plait à penser comme l’intelligentzia montréalaise?

    Bref, on souhaite aux chroniqueurs et aux chroniqueuses du quotidien de garder le cap… il y a parmi les bons gens, des gens pas si cons qui respectent votre travail et vos opinons, les jours de pluie, comme les jours de soleil.

    Pour consulter le texte de Monsieur Dubuc, priève de suivre ce lien : Cherchez l’erreur

  7. Nous devrions être en mesure de tester l’hypothèse nulle du précédent exercice sur notre modèle du changement appliqué aux journaux de quartier et à l’hyperlocal, durant le mois de juin (2012). La grève étudiante et sans doute d’autres facteurs indiquent toutefois un plus grand intérêt pour la « critique média, » elle-même (tant pour les questions méthodologiques, que substantives).

    L’hypothèse (H1) testée le mois dernier n’avait pas été en mesure de se confirmer dans le cadre de notre test et nous avons de bonnes raisons de croire que H0 mènera à une résolution plus éloquente: H0 n’a pas encore été formulée, mais devrait conclure qu’on assistera à une permutation des places ou des clientèles au sein de l’industrie de l’information – les journaux, sous formes numériques, où peut-être papier, voire sous formes papier magazine – où les grands médias tendront vers une clientèle plus internationaliste – le web francophone, par exemple, mais où les journaux de quartier plutôt que d’opérer une permutation avec ceux-ci seront plutôt appelés à permuter avec les médias dits communautaires; ce qui renforce l’idée, par extension, que les médias communautaires consolideront leurs ancrages sur leur capacité à exprimer des visions alternatives du monde ou faire entendre des voix hyperlocales, peut-être en exerçant une présence prédominante sur les réseaux sociaux. L’hypothèse nulle, dont nous nous entretenons ici, est soutenue avec certaines précisions dans la présente entrée, en outre, dans l’avant-dernière section du texte, dans les paragraphes précédents le sous-titre « Retour au test. »

    VOYAGE EXPLORATOIRE AU PAYS LA PRESSE DE MONTRÉAL

    Un des meilleurs trucs pour faire de l’hyperlocal ou, encore, penser le monde alternativement, reste de se débrancher du réseau… des grands médias qui, presque par définition, puisqu’ils s’adressent à la masse, offrent des visions du monde conventionnelles et sont peu critiques des institutions dont ils font partie ou presque.

    Aussi, il devient facile de faire de la critique média avec pour seule motivation l’ébranlement de ces « institutions: » on les trouve biaisés, par exemple, on souffre de leur arrogance et on s’attriste devant les chemins qu’ils ont empruntés pour s’établir dans la culture, la culture populaire et l’esprit de la concitoyenneté: après tout, ils n’étaient pas là comme un rempart de la vie démocratique, mais pour faire des sous, mais pour préserver des emplois et pérenniser des manières de faire le plus longtemps possibles.

    Mon bobo personnel? Il y a quelques années (2007-8), la Presse de Montréal tronçonne le mot « éditorial, » et commence à parler de « l’édito d’André Pratte, » comme si la ligne éditoriale prenait son coup de jeune – désclérosait le bon goût bourgeois, ou du moins, admettait qu’il pouvait évoluer ou même changer, nonobstant les impératifs imposés par les actionnaires de l’entreprise, après tout privée et devant, après tout, assurer derechef sa propre survie devant l’exponentielle fragmentation du marché et les pressions exercées sur le média par la gratuité du web.

    Et finalement, rien de jeune et éclaté dans tout ça, une fraude.

    Les mauvaises langues diront que seuls les annonceurs regardent encore les annonces publiées dans les médias, mais pour le plasir de faire un peu d’histoire, soulignons qu’on « piège » maintenant et l’internaute et l’annonceur, en proposant des pages où le pointeur n’a pas de place pour prendre une bouffé d’air et où l’usager doit prendre moult précautions avant, d’oh, cliquer par erreur et s’outrer que l’annonceur ait à payer pour cette visite éclair, impromptue, non désirée, etc.

    Enfin : tout ça pour dire qu’on reste avec l’impression que l’opération « rajeunissement » du mot « éditorial, » à La Presse s’est avérée une fraude, mais surtout parce que sa ligne éditoriale est plus que jamais moribonde.

    Non, rien de jeune et éclaté dans tout ça.

    Là où ça devient franchement douloureux, c’est que La Presse nous force à un examen de conscience : j’en suis de ces élèves qui se font fait dire La Presse, c’est bon, l’autre, c’est pas bon.

    Aussi se serait aujourd’hui franchement mentir de prétendre que la lecture de La Presse de Montréal n’a pas constitué un pan de mon identité, fut-ce aujourd’hui le pan que je me plais le plus à critiquer… peut-être. Les profs aussi m’ont donné des faux plis. Je ne parle même pas de mes parents adoptifs, Ozzy Osbourne et Siouxsie Sioux. ;-) La seule sainte de l’époque, c’était Adèle, la bibliothécaire qui nous recevait quand l’éducateur-conseiller de niveau en avait marre qu’on soit critiques: un peu qu’elle faisait c*ier personne Adèle, comme dirait peut-être le chroniqueur de la A5 qu’on nous présentait en cours de français comme celui qui obligeait La Presse de Montréal à étendre son tirage quand les jours où il signait un texte… Un peu, aussi, que ma soeur se porte à merveille avant qu’on me le demande.

    Au cours de la dernière dizaine, j’ai tiqué sur pas moins de trois éditoriaux de La Presse, deux signés par Monsieur Mario Roy, un par Monsieur François Cardinal, ainsi qu’une colonne, celle-ci signée par Monsieur Alain Dubuc et qui en substance, décrétait qu’il existait une hiérarchie des genres en littérature — bref, qu’on ne vivait finalement pas dans une époque baroque (le postmodernisme), où, par exemple, les grands quotidiens atomisent leurs sujets en divers cahiers en cherchant à s’adresser à différentes clientèles dans une variété de formes et de contenus, mais plutôt à une époque classique où on mime les ancêtres dans l’espoir de s’édifier ce qui nous reste de jeunesse contemporaine. (voir ce commentaire, plus haut: « Trouver l’erreur.

    Re-bref, prétendre qu’il existe une hiérarchie des genres littéraires en 2012, aussi bien évoquer la pornographie en contre-partie, être sarcastique, ou souhaiter se faire critiquer par la « masse, » dans les médias sociaux.

    Hier soir, j’ai failli reprendre le collier de la barbe tant je butais sur l’interprétation à donner au mot « État, » tel qu’utilisé par Alain Dubuc dans sa colonne titrée : Les victimes de la démographie (6e paragraphe).

    Au lieu de quoi, j’ai fait le petit examen de conscience qui peuple les lignes que vous parcourrez et, en outre, je me suis souvenu d’un échange que j’avais tenu sur lesbeauxprojets.com et où, en substance, je soutenais qu’on desservait le journalisme à vouloir « vendre » un journalisme vieille école et bien propre : au contraire, disais-je, il faut promouvoir les lignes éditoriales transparentes, la déclaration de biais subjectifs et l’humanité de ces journalistes : rien à voir, donc, avec une poursuite quelconque poursuite d’un idéal d’objectivité.

    Le besoin d’un exame de conscience, de mon côté, je pense, vient que je ne pouvais pas défendre une démocratisation de la forme journalistique d’un côté et simplement trouver que Monsieur Dubuc allait trop loin de l’autre côté: qui plus est, la forme du texte, une colonne (d’opinion), le dispense certainement, dans une mesure ou une autre de « déclarer un biais subjectif. »

    LA CONSCIENCE, COMME UNE BOÎTE NOIRE…

    Le propre de l’homme, c’est d’avoir des défauts, des biais, bref une personnalité qu’on se plait à décrire comme un fossé, mais qui pourtant constitue notre individualité et notre unicité sur cette Terre… l’humanité, c’est aussi le grand mal humain et l’impossibilité qui nous affligent, dans la tradition judéo-chrétienne, à présenter ce fossé tel qu’on voudrait qu’il soit interprété, tel qu’on voudrait pouvoir dire et répéter qu’il est.

    LA CRITIQUE MÉDIA COMME PILIER DE LA VIE DÉMOCRATIQUE

    Il ne faut sans doute pas négliger, lorsqu’on pense à la force des médias ou de la société médiatique, à cette formidable capacité qu’ils exploitaient grandiosement (avant l’arrivé des médias sociaux) à créer des personnages – de présider à l’émergence de nouveaux leaders, par exemple – en outre, en offrant des portraits totalisants de ces individus qui, souvent, soit dit en passant et évidemment, sacrifiaient un peu de leur humanité ou de leurs vies privées pour le bien public. À côté de quoi, on pouvait se dire un média de qualité lorsqu’on greffait ici et là des portraits humains, des bonnes nouvelles, qui bien qu’elles ne vendaient pas devaient faire partie de l’actualité, rééquilibrer le monde dépeint par les images et les mots consommés en masse.

    À l’heure du numérique, doit-on conclure que les médias sociaux provoquent un réalignement des régulateurs d’opinions ou est-ce qu’une telle proposition ne peut être soutenue que dans le contexte de la grève étudiante et du débat de société en cours?

    On pourrait également s’intéresser à l’émergence des journalistes – avec la télévision en continu, par exemple – comme personnalité encore plus médiatique, mais nonobstant les conclusions que l’on tirerait de cette recherche, il faudrait sans doute conclure qu’au sein des sociétés capitalistes avancées, qui s’articulent généralement justement sur une large population instruite, éduquée et critique et dont l’ensemble de celle-ci est habitué à la consommation de médias de masse, que la consommation non informée de ces informations est accidentelle.

    Cette consommation pourrait-elle être plus critique? Certainement, oui, et toujours plus! C’est là, à mon avis, que la critique média joue un rôle de premier plan: la consommation effrénée de ce type d’information s’ancre dans notre culture et se constituent comme des structures profondes (insaisissables comme l’homme) de celles-ci, comme plus généralement de notre société : ces structures profondes doivent être mises en lumière.

    Ce n’est pas vrai qu’un citoyen n’a pas le droit de savoir quelles valeurs il véhicule en participant d’un discours ou d’une société.

    Aussi, dans le cadre des valeurs que nous défendons sur cette plateforme, mais également dans l’esprit de prise en charge citoyenne qui anime l’animation du fil @BonjourMileEnd je dois ici relever que l’utilisation du mot « État, » dans le texte de Monsieur Dubuc est incohérent : tout comme notre société ne se résume pas au premier ministre qu’elle choisie au quatre ans, la raison d’État ne se résume pas à un paradigme néolibéral, ni même à l’équilibre budgétaire.

    Il m’est personellement impossible (nul doute à cause de mes propres biais, de ma propre humanité, bref) de conclure que le mot « État, » dans le contexte où il était ici utilisé peut ne signifier que « ce gouvernement, » ou « ce gouvernement, les précédents et les suivants, » et alors le vocable « appareil gouvernemental » eut été franchement mieux choisi, aurait nourri la réflexion et la discussion sur d’éventuelles réformes parlementaires et le média, fut-il de masse, aurait mieux joué son rôle de pilier démocratique.

    En lieu de quoi, la ligne éditoriale de La Presse se confirme comme arrogante et nourrit l’impression qu’il faut sauter à bras raccourci sur chaque tournure de phrase, sur chaque couleur des articles, sur chaque utilisation d’épithètes, à défaut de quoi, on manquerait la nouvelle : oui, La Presse est biaisée, comme tout le monde, institutions et gouvernement compris; oui, c’est rendre service au journalisme de faire preuve de plus d’ouverture lorsque le biais subjectif est déclaré (même dans un article), mais, non, La Presse de Montréal en traduisant la ligne dure du gouvernement en mots, en éditos, en articles, ne rend service à personne, y compris aux membres des professionnels de l’information, derechef, les journalistes pour qui ont imaginaient des temps difficiles, sans jamais penser qu’ils deviendraient des espèces de mercenaires du statu quo et d’un ordre immuable – comme les valeurs que semblent défendre La Presse de Montréal : elle vient d’où cet ordre, de l’empire qui ne jouit pas, mais ferme plutôt les yeux avec bon goût?

    Décalée, dépassée par les événements et la contemporanéité, bref, une ligne éditoriale moribonde. Triste et désolant. C’est injuste que La Presse de Montréal soit systématiquement sur le radar uniquement parce qu’ils sont de grands producteurs de contenus francophones sur le réseau Internet, mais les critiques médias qui leurs sont adressés ne constituent pas des gratuités dont on pourrait se passer: peut-on envisager un parlement sans opposition? L’enfer, c’est l’arrogance, la tyrannie et ma soeur.

    TEXTES MENTIONNÉS DANS CE COMMENTAIRE:

    Mario Roy :
    Les séquelles
    / La Presse de Montréal (éditorial) (25 mai 2012)

    Mario Roy : La crise et le web / La Presse de Montréal (éditorial) (26 mai 2012)

    Une critique de cet éditorial (La crise et le web de Mario Roy) se trouve à l’entrée : Revisiter démocratie, libéralisme et internet

    Alain Dubuc : Cherchez l’erreur / La Presse de Montréal (colonne) (28 mai 2012)

    François Cardinal : Double discours / La Presse de Montréal (éditorial) (5 juin 2012)

    Alain Dubuc : Les victimes de la démographie / La Presse de Montréal (colonne) (6 juin 2012)

    Plusieurs des liens contenus dans ce commentaire, mènent à d’autres commentaires attachés à cette entrée intitutlée Critique média : un nouveau test sur le modèle du changement (journaux de quartiers).

    Bienvenue de participer à la discussion; commentaires, suggestions, opinions et critiques, sont souhaitables :-)

  8. Comme suite au commentaire publié un peu plus tôt aujourd’hui, il semble pertinent d’ajouter quelques éléments d’information sur l’entrée à laquelle est greffée cette discussion sous forme de commentaires et discuter un peu plus en avant de la théorie critique.

    Dans les introductions au modèle du changement (les deux sections suivant les paragraphes d’ouverture), il est possible de deviner en filigrane deux classifications médiatiques :
    La première, qui voudrait qu’il existe trois ordres de médias, a) les médias publics (pour l’ordre, le gouvernement et l’intérêt public), b) les médias privés, privilégiant l’ordre économique à un intérêt public différent ou étranger à la croissance économique et, en particulier, à la capitalisation boursière des diffuseurs d’informations, et, finalement, c) les médias communautaires, chargés de couvrir des angles ou des visions du monde alternatives afin que l’industrie puisse présentée un portrait équilibré de la société et qu’elle puisse jouer son rôle de pilier démocratique – c’est-à-dire, la liberté de presse, la séparation des pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif et les différents droits prévalant dans les démocratie libérales (suffrage universel, élections libres tenues régulièrement, liberté d’association, garanties contre l’arbitraire, etc. – voir l’entrée Les critères de la démocratie libérale, dans le larousse.fr.

    Il existe également une classification des médias issue de la guerre froide, où on retrouve quatre types de médias : a) le média libertaire (libertarien), où la presse joue le rôle de gardien au sein du système médiatique afin que la liberté sur le marché des idées garantisse la liberté d’expression, le pluralisme et la diversité des médias, sans que des règles ne viennent instaurer une structure à l’industrie, si ce n’est qu’un ensemble de règles garantissant la liberté de presse puisse prévaloir, b) le média socialement responsable quant à lui est ici plus ou moins l’équivalent des médias publics, tels que nous les définissions plus haut. Notre source (voir plus bas) discute de la BBC, mais on peut, sans trop se tromper, dire que la programmation de ces médias devrait s’approcher d’une version idéalisée de la mission de Radio-Canada, c’est-à-dire, être une chaîne généraliste qui informe, divertie et enrichie culturellement la population. En troisième lieu, les médias autoritaires (autoritariens) où les journalistes sont au service de l’État, afin de préserver la stabilité sociale ou la cohésion nationale. Finalement, les médias communistes ou soviets seraient des médias instrumentalisés par le parti afin de servir d’agent de provocation collectif au sein de la population. Notre source, Norris, Pipa in Caramani, Danielle, Comparative Politics (2e Ed.), (Oxford : Oxford U. Press, 2011) précise que cette typologie était fortement idéologique et favorisait grandement le modèle libertaire prévalant aux États-Unis d’Amérique et que, par conséquent, elle est également fortement contestable. (pp. 355-6, traduction, adaptation libre.)

    Toujours chez Pippa Norris (ibidem, p. 356) on retrouve une classification dite moderne établie selon que l’on approche l’industrie des médias selon a) l’interventionnisme de l’État, en mesurant, par exemple, le niveau de financement des diffuseurs publics ou, b) l’étendue du parallélisme politique, suivant que les médias sont alignés de près ou de loin sur le programme politique des partis politiques ou, encore, c) le développement historique du marché de la nouvelle. On ajoute également comme mesure, d) l’étendue du professionnalisme des journalistes.

    En approchant l’industrie à partir de ces mesures, il serait possible de classifier les médias selon qu’ils pratiquent a) un modèle libéral (les médias sont commerciaux et dépendent des lois du marché), b) un modèle démocrate-corporatiste (les médias mettent en relief les liens entre la commercialité des médias et différents groupes sociaux ou politiques) ou, finalement, c) un modèle pluraliste (le média est incorporé dans la politique de représentation d’un parti et où la commercialisation du média s’efface au profit d’un plus grand interventionnisme de l’État.)

    Les valeurs défendues par le ton-mile-end.net sont proches du modèle libertaire, dans la mesure où nous cherchons à établir un marché des idées indépendant des lois du marché (offre et demande), mais où nous récupérons le vocabulaire – je le réalise, un peu périmé à la lecture des dernières lignes – qui semble proche de cette classification.

    Cela dit, la représentation de cette politique de représentation sur le fil @BonjourMileEnd aurait dicté que l’éditorial de Monsieur Cardinal, mentionné dans le commentaire précédent, soit gazouillé sans commentaire de ma part, puisque Monsieur Cardinal, comme tous les autres abonnés du fil, doit pouvoir parler au reste de la petite communauté d’abonnés de ce fil, sans « filtre, » selon les idées ici défendues. Mon examen de conscience, pour ainsi dire, tel que je l’exprime dans le commentaire précédent (exploration au pays de La Presse de Montréal, explique cette dérogation à cette politique de représentation de la politique de représentation – vous l’aurez deviner, il s’agit ici d’un vocabulaire emprunté à l’histoire de l’art, plutôt qu’à la critique média…

    Cela dit, pour ceux et celles qui souhaitent faire de la critique média, on peut rappeler deux positions phares de la théorie critique : d’une part, le média de masse agit sur les structures profondes de notre société et par conséquent on doit absolument être critique lorsqu’on associe par contamination de thème libéralisme, néolibéralisme, capitalisme et démocratie comme des synonymes du « bien, » laissant peu de place aux visions alternatives du Monde pour s’exprimer à la même clientèle sans que celle-ci ait des idées préconçues, manufacturées et presque impossibles à bouleverser : les « différents, » sont des agitateurs, des radicaux, des communistes, des marginaux qui refusent d’être comme tout le monde: ce refus de tolérer la diversité et le pluralisme n’a pourtant rien à voir avec notre société qu’on veut tolérante, ni avec une critique des idées proposées comme alternatives.

    Or, il n’existe pas d’échelle de valeurs absolue ou morale imperméable à la critique – et donc susceptible de changer et il n’existe absolument aucune posture morale qui permet d’empêcher quelqu’un de penser un monde qui fonctionnerait différemment et de prêcher son idée : c’est vrai pour Milton Friedman, c’est vrai pour les porte-paroles étudiants, c’est aussi vrai pour les journalistes des grands médias. Au Canada le discours haineux ou qui attise la haine (en particulier raciale) est réputé interdit; de plus, il existe des lois sévères protégeant la réputation des gens qu’on cherche à critiquer et il est peut-être bon de rappeler que la prudence est de rigueur, en outre, lorsqu’on joue avec des concepts absolutistes ou des personnages historiques ayant commis, par exemple, des atrocités.

    Pour un peu mieux illustrer ces préceptes de la théorie critique, on peut se tourner vers une chronique de Madame Sophie Cousineau, publiée hier (6 juin 2012) et intitulée La vie après la bourse dans la section affaires de lapresse.ca.

    Dans le contexte ambiant de remise en question des valeurs néolibérales – principalement du désengagement de l’État des différentes sphères d’activités sociales au profit des lois du marché –, le texte ironise la décision du Monsieur Sabia, le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec de revenir à un portefeuille moins volatil – moins virtuel, pourrions-nous aussi dire, mais également moins créatif – et procéder à des acquisitions de biens matériels (immobiliers) au cours des prochaines années, alors que durant les dix ou quinze dernières années, on conseillait aux investisseurs de se protéger de la volatilité des marchés en diversifiant leurs portefeuilles d’actions et « vendait » les valeurs boursières comme plus rentables, que l’investissement immobilier. Impossible, ou presque, de ne pas ici penser au Fond des générations, lui aussi soumis aux lois du marché et à ses fluctuations et présenter comme une valeur sûre par notre gouvernement qui y voit un levier de négociation pour maintenir la note de crédit de la Province. Ici même, sur cette plateforme, on contribue souvent à vendre les économies dites créatives, ou du moins à les démocratiser.

    On peut d’une part, s’attarder sur la posture de la journaliste qui « prend » le parti du petit investisseur, comme une forme de journalisme critique, mais on doit également relever que, se faisant, elle établit une relation d’émulation entre le grand investisseur et le petit investisseur – ici, presque sous-entendu comme le bon peuple.

    Or, ce bon peuple, comme suite au désengagement de l’État, comme Madame Cousineau le relève, est de plus en plus dépendant des investissements boursiers (RÉER) pour assurer sa retraite.

    Dans ce contexte, il exister une corrélation entre la saine gestion (le budget équilibré, l’amenuisement étatique et l’augmentation des frais de scolarité) que proposent (ou vendent) les gouvernements des sociétés capitalistes avancées et cette idéologie de l’enrichissement automatique (l’argent qui fait de l’argent, au point où l’épargne passe pour le parent pauvre de la gestion) qui animent ceux et celles qu’ici, le bon peuple, est censé avoir été convaincue d’émuler.

    Le hic, c’est que même les grands investisseurs, et pourquoi pas le gouvernement, changent d’idées en cours de route; preuve, s’il en fallait une, que les échelles de valeurs ne sont pas immuables.

    Dit simplement, c’est un peu comme si le gouvernement nous demandait d’épargner un peu plus longtemps avant d’acheter une maison, mais reconnaissait du même souffle qu’au moins dans ce cas, il ne s’agit pas d’argent jeté par les fenêtres. Pour nourrir la réflexion, on peut conclure en se demandant comment l’acceptabilité sociale peut admettre sur un même pied d’égalité la faillite d’un homme qui a fait patate (parce qu’il a omis de payer quelques factures d’électricité, été en défaut de paiements ici et là, etc.) et l’homme d’affaires faisant une faillite de plusieurs centaines de milliers de dollars, voire de millions?

    Adopté une approche critique permet de sortir des zones d’ombres certaines des structures profondes de notre société : les médias consommés en masse participent, nul doute, dans une mesure extraordinaire de ces structures et la théorie critique permet d’approcher notre monde de manière plus fragmentaire et d’établir des liens entre ces fragments qui nous sont plus personnels, plus humains aussi, et qui surtout, seraient autrement ignorées des analyses culturelles et sociales au point où il semblerait naturel de cocher « oui, » à la case désirez-vous un portefeuille diversifié, mais pas trop, parce que vous avez une certaine tolérance au risque.

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