Transcription du rapport de vigilance sur les quartiers culturels (ton-mile-end.net)

Afin de faciliter la diffusion du rapport de vigilance sur les quartiers culturels (ton-mile-end.net), cette entrée du blogue du Mile-End offre à une transcription intégrale du document. Pour consulter le document officiel, dans sa mise en page .pdf, prière de suivre ce lien: Rapport public: semaine de vigilance sur les quartiers culturels (20/27 avril 2012). L’illustration présente dans cette transcription est absente du document original.

 

 

 

 

 

 

 

Image:

L’oeuvre de Jean-Marc Plumauzille est une transfiguration artistique d’un quartier montréalais, La Petite-Patrie. L’artiste a également peint une toile représentant le Mile-End, mais nous avons choisi un quartier adjacent afin de mettre en relief les liens qui unissent les quartiers de la métropole. Image sans restrictions connues.

DÉBUT DE LA TRANSCRIPTION / Rapport de vigilance

Dans le cadre de l’adoption de recommandations sur les quartiers culturels par la commission sur la culture, le patrimoine et les sports le mercredi 25 avril 2012, la plateforme ton-mile-end.net a tenu une semaine de vigilance. Cette semaine, amorcée le vendredi 20 avril et conclue le vendredi 27 avril, visait à sensibiliser la concitoyenneté et à exercer une certaine forme de pression sur les instances afin que les recommandations formulées sur les quartiers culturels profitent aux artistes.

En d’autres mots, il nous semble fondamental que l’articulation du concept de quartiers culturels s’articule, justement, autour des artistes et de leurs pratiques et que les communautés artistiques des quartiers ou des arrondissements montréalais concernés n’aient pas à entreprendre de moyens de pression ou de reconnaissance pour tirer profit de politiques ou politiques publiques censées les tenir comme l’élément primitif ou le locus de leurs visions et de leurs démarches.

En bref, tout comme il est réputé impossible de construire un savoir sans la connaissance des informations élémentaires sur un sujet, nous soutenons avec force qu’il est impossible de construire un quartier culturel sans la présence d’artistes, de pratiques artistiques et culturelles fondamentales et la présence d’une chaîne de la créativité capable de produire des biens et des services culturels.

Nous croyons en la viabilité de tels milieux, aussi nous souhaitons le succès de l’entreprise montréalaise recoupée sous la rubrique de « quartiers culturels. »

Contrairement à ce que nous appréhendions, les recommandations adoptées utilisent une vision de la culture relativement prudente – qui s’éloigne du fourre-tout où tout est plus moins culturel : les considérations pour les modes de vie (idiosyncrasies) comme éléments culturels, par exemple, semblent créer plus de confusions qu’elles n’en dissipent.

Pour donner les exemples classiques, bien que l’on puisse comprendre l’association entre la fréquentation d’un restaurant exotique et l’expérience culturelle, il ne s’agit pas à proprement parler d’un bien ou d’un service culturel qui est offert à la collectivité ou qui est consommé, tout comme la consommation d’un breuvage dans un édifice muséal ne se traduit pas, ou très mal, comme une consommation de biens ou de services culturels.

Cela dit, le facteur idiosyncrasique demeure un des composants essentiels, avec la présence d’organismes et d’entreprises idéalistes, de la viabilité de milieux envisagés comme quartiers culturels. À ce titre, nous croyons important de maintenir une certaine forme de vigilance sur la réception du rapport de recommandations de la commission par le Cabinet du Maire : la commission sur la culture s’est prouvée efficace à adopter un paradigme de la culture qui ne dénature pas le culturel au profit d’une éventuelle récupération économique aveugle.

Aussi, nous souhaitons que la réception et l’éventuelle modulation de ces recommandations par le Cabinet du Maire ne contrecarrent pas les efforts de la commission.

Derechef, Madame Helen Fotopoulos a souligné l’importance du design dans les visions culturelles, en particulier pour la Ville de Montréal qui cherche à s’établir comme une grande ville de design, en associant son intégration à une meilleure viabilité d’un marché pour les designers montréalais, en créant, par exemple, plus de demandes pour leurs services. L’intervention de Madame Fotopoulos, membre responsable de la culture au conseil exécutif de la Ville de Montréal, faisait sans doute écho à la recommandation R-9, dont le quatrième élément d’une liste de 5 se lit :

[La commission recommande] (…)[(spécifiquement aux) arrondissements)]

« qu’ils privilégient, de concert avec la ville centre, l’organisation de concours pour le design des espaces publics et du mobilier urbain, permettant ainsi aux designers montréalais d’avoir des opportunités de création variées; »

Cependant, on ne retrouve point au sein des recommandations adoptées par la commission de reconnaissance du culturel pour le design des politiques et des politiques publiques ou, pour employer une formule plus consacrée, pour l’importance des idées dans l’élaboration de politiques.

Dans le contexte de cette grande discussion sur les quartiers culturels, on doit critiquer l’absence de référence à l’entrepreunariat culturel et aux besoins pour des modèles d’affaires nouveaux.

Au chapitre du design, notre appréciation des recommandations aurait été meilleure si elle avait traduit un urgent besoin de créateurs et d’idéateurs dans les différentes sphères d’activités humaines, en particulier au sein du politique.

Comme relevé au départ, l’importance primordiale accordée aux artistes, artisans et créateurs dans le rapport de recommandations sur les quartiers culturels suggère l’adoption d’un degré d’ouverture de la définition du culturel qui lie explicitement le culturel à la chaîne de créativité. En R-8, par exemple, on peut lire :

« Que les arrondissements reconnaissent le rôle fondamental des artistes et des créateurs dans la consolidation, le développement et surtout le maintien et l’accroissement de la vitalité même des quartiers culturels. »

Cette reconnaissance de la liaison intrinsèque entre quartiers culturels et chaîne de la créativité nous a fait promptement saluer les travaux de la commission. Or dans le cadre de la semaine de vigilance que nous exercions nous aurions sans doute dû trouver une manière de nuancer notre enthousiasme afin de relever que le rapport de recommandations, en associant le travail des artistes, des artisans et des créateurs (en R-14) aux activités menées par les organismes à but non lucratif (OBNL) arrivait un peu court quant à une éventuelle valorisation du statut d’artistes ou d’une reconnaissance spécifique de la communauté artistique comme capital humain – comme travailleur à part entière. R-14 se lit comme suit :

« Que des démarches soient entreprises auprès du ministère des Affaires municipales des Régions et de l’Occupation du territoire afin que soit amendée la Loi sur la fiscalité municipale de manière à reconnaître aux créateurs, aux artistes et artisans le droit d’être éligible aux mêmes exemptions de taxes que les organismes à but non lucratif. »

Il est vrai que notre position sur ce sujet nous force dans l’ambivalence. Il est difficile, en effet, de monter aux barricades puisque la recommandation fait état, dans l’esprit comme dans la lettre, d’une reconnaissance pour l’importance d’entreprises, individuelles ou non, idéalistes – un des composants essentiels, avec la présence d’une communauté idiosyncrasique, du quartier culturel et, qui plus est, pourrait s’avérer bénéfique pour un certain nombre d’artistes.

Cela dit, nous croyons que de telles mesures ne font rien pour améliorer l’acceptabilité sociale des pratiques artistiques et qu’à terme, elles ne peuvent mener qu’à un renouvellement du débat sur le financement des arts par les deniers publics – brefs, des portes déjà enfoncées qui seront appelées à être tôt ou tard revisitées, et ce, alors même que l’on reconnait l’importance des artistes pour les politiques et les mesures qui concrétiseront l’entreprise des quartiers culturels par les divers paliers de l’administration publique montréalaise.

Notre incapacité à critiquer de front la quatorzième recommandation du rapport de recommandations sur les quartiers culturels s’explique, en outre, par notre appartenance à une localité bien précise, appartenance qui déteint sur les démarches que nous entreprenons : bien qu’elle cherche à s’exprimer au sein de différents espaces-citoyens, notre plateforme est vouée à la promotion du quartier Mile-End à Montréal, de sa communauté et des activités culturelles qui s’y tiennent.

Or, le quartier Mile-End est déjà un quartier culturel bien établi, qui compte, en outre, un OBNL voué à la défense des intérêts des créateurs, le regroupement des créateurs et des créatrices du secteur Saint-Viateur Est, organisme bien connu sous l’appellation Pied carré.

S’il est vrai que nous souhaiterions avoir été plus frondeurs dans la défense des intérêts des communautés artistiques quant à la quatorzième recommandation, nous privilégions la poursuite d’échanges asymétriques et plus consensuels au sein de notre quartier afin que nos positions ne contrecarrent jamais les actions et les moyens déployés par Pied carré pour assurer et bonifier le bien-être de la population artistique de notre quartier.

Pour bien comprendre notre décision, il faut également savoir que la préservation et la bonification des ateliers d’artistes constituent les principaux chevaux de bataille de Pied carré : l’organisme possède l’expertise et la crédibilité pour mener à bien la défense des intérêts de la communauté artistique du secteur Saint-Viateur Est et le rapport de recommandations sur les quartiers culturels relève la convenance de protéger et bonifier l’offre d’espaces où les artistes et les créateurs peuvent travailler.

Aussi allons-nous revoir certaines de nos positions quant au statut d’artiste et nos angles de contestations visant à favoriser les pratiques artistiques audacieuses et leur viabilité, afin de pouvoir exercer une pression plus sentie pour une meilleure reconnaissance de la communauté artistique comme capital humain lors de la modalisation des recommandations par le Cabinet de Maire et son comité exécutif.

Cet exercice nous permettra également de vulgariser les valeurs que nous véhiculons et de formuler le plus démocratiquement possible leurs intérêts : de manière générale, nos démarches sont animées par l’intérêt à promouvoir la prolifération identitaire, la multiplication et l’hybridation des réalisations. Nous aimerions doubler (de trois à six) le nombre de ces valeurs dites fondamentales pour le ton-mile-end.net avant le 16 août prochain, date du premier anniversaire de notre plateforme.

Ce degré de professionnalisation supplémentaire de la plateforme devrait permettre la mise en place de période de vigilance, d’activités ou d’actions similaires moins promptes à tomber dans des positions ambivalentes, tout en maintenant son caractère d’espace libre, d’espace appropriation citoyenne qui force la négociation asymétrique et encourage la permutation des voix qui s’expriment sur les différents enjeux, en outre, sur les questions concernant les arts et les amis des arts et de la culture.

Parmi les autres manquements, on note qu’un immense travail reste à accomplir quant à la démocratisation du concept d’idiosyncrasie. Nous avons été émus par le commentaire d’une représentante d’un organisme qui cherchait à convaincre les membres de la commission qu’elle souhaitait « faire de la culture, » mais qu’elle semblait se buter à des administrations qui la renvoyaient (trop souvent, faut-il croire?) à des programmes conçus pour les groupes ethnoculturels minoritaires de Montréal.

Les concepts d’idiosyncrasie, de mixité sociale et de diversité culturelle sont peut-être si embrouillés qu’ils méritent, nul doute, qu’on s’y attarde. Aussi, créerons-nous, dans les plus brefs délais, un outil de sensibilisation, conçu sur le même modèle que notre outil sur le rôle de l’artiste dans la société, sur le concept d’idiosyncrasie appliqué aux quartiers culturels.

Finalement, on note une certaine baisse de l’achalandage de la plateforme durant la semaine de vigilance – environ 10% –, mais également la visite de visiteurs qui autrement ne seraient jamais entrés en contact avec l’offre de services du ton-mile-end.net. Il faut sans doute préciser qu’une manifestation tenue dans le cadre de la grève étudiante le jeudi 26 avril nous a incités à faire la monstration de notre solidarité envers la cause étudiante en drapant notre page d’accueil intégralement de rouge.

Cette action et, sans doute, d’autres peuvent expliquer la baisse d’achalandage durant cette semaine, nonobstant que certains visiteurs réguliers aient pu se sentir moins interloqués par notre offre durant cette semaine de vigilance.

Les mises à jour que nous effectuions sur la page d’accueil durant cette période empêchent d’avoir un portrait quantitatif clair du nombre de fois que notre période de vigilance a été communiqué sur les réseaux sociaux.

Toutefois, on évalue entre 20 et 50 partages de notre page d’accueil temporaire sur Facebook et à une trentaine sur twitter.

Le caractère élitiste du moyen mis en place pour encourager l’appropriation du sujet et de la cause par des militants-internautes explique sans doute la relative faiblesse du nombre de récupérations sur les réseaux sociaux. Notre plateforme étant fortement dépendante des mots-clés et des résultats de recherches, il est toutefois difficile d’imaginer pouvoir créer des campagnes ou des actions plus conviviales à court terme. De plus, l’élaboration et la mise en place d’illustrations ou d’affiches originales entraîneraient des frais qui, à terme, limiteraient notre capacité à mettre en place de telles actions.

Pour retourner à la page d’accueil de la plateforme ton-mile-end.net, prière de suivre le lien précédent. Plusieurs textes sur les quartiers culturels et les consultations publiques qui ont mené à l’adoption des recommandations mentionnées dans cette entrées peuvent être consulter à partir de notre section « filière culturelle. »

 

7 réflexions au sujet de « Transcription du rapport de vigilance sur les quartiers culturels (ton-mile-end.net) »

  1. Ping : Mile-End: quartier culturel (transcription du communiqué du 27 avril 2012) | Le blogue du Mile-End

  2. Bonjour,

    j’ajoute à cette entrée quelques liens qui mènent à du contenu connexe.

    Un premier, sur le dossier de La Presse de Montréal), intitulé « Trois métropoles culturelles à découvrir, » qui comptent quelques titres:

    9 avril 2012 | La Presse / La Presse de Montréal | Trois métropoles culturelles à découvrir | http://www.lapresse.ca/arts/dossiers/201204/09/01-4513684-trois-metropoles-culturelles-a-decouvrir.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4508765_article_POS3

    1 avril 2012| La Presse de Montréal | Nathalie Petrowsky | Milan: l’art autrement | http://www.lapresse.ca/arts/dossiers/201203/31/01-4511362-milan-lart-autrement.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4513684_article_POS1

    24 mars 2012 | La Presse de Montréal | Nathalie Petrowsky | Berlin: pauvre, mais sexy | http://www.lapresse.ca/arts/dossiers/201203/23/01-4508765-berlin-pauvre-mais-sexy.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4511362_article_POS1

    8 avril | Marc Cassivi | La Presse de Montréal | Portland: la cool | http://www.lapresse.ca/arts/dossiers/201204/07/01-4513382-portland-la-cool.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4513684_article_POS4

    Également, l’article de Le Devoir intitulé « Quartiers culturels – « Il faut que les citoyens participent à la vie culturelle« ,» publié la fin de semaine du samedi 25 février 2012:

    25 février 2012 | Étienne Plamondon-Emond | Le Devoir |Quartiers culturels – «Il faut que les citoyens participent à la vie culturelle» | http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/343544/quartiers-culturels-il-faut-que-les-citoyens-participent-a-la-vie-culturelle

    Et finalement, plus près de chez nous, un lien qui mène au dossier spécial intitulé « Réaménagement de Saint-Viateur Est, » et mis en ligne sur le site du Journal Le Plateau – leplateau.com – le 7 mai 2012. Le secteur Saint-Viateur Est est un secteur du quartier Mile-End, à Montréal (arrondissement Plateau-Mont-Royal) et abrite une des plus fortes concentrations d’artistes au Canada, sinon la plus forte…

    avril et mai 2012 | Daphnée Tranchemontagne (Le Plateau) | Réaménagement de Saint-Viateur Est (dossier) |

    http://www.leplateau.com/Actualites/Vos-nouvelles/Reamenagement-de-Saint-Viateur-Est-442/content/1

    Vous serez également peut-être intéressé à visiter notre page http://www.ton-mile-end.net/laune2.html pour un apperçu de d’autres contenus concernant les quartiers culturels et le secteur Saint-Viateur Est en particulier.

    N’hésitez pas à ajouter des commentaires ou des questions en lien avec ces lectures ou d’autres! Bienvenue, également de lancer une nouvelle discussion en devenant un auteur sur le blogue du Mile-End (c’est très simple, seul votre courriel est demandé). À bientôt, Daniel

  3. Ping : Le e-quartier comme échelle humaine de la société globale de l’information | Le blogue du Mile-End

  4. Ping : E-quartier, angoisses e-mondaines et progressives | Le blogue du Mile-End

  5. Ping : Quartiers culturels: intensification du caractère culturel | Le blogue du Mile-End

  6. Ping : Le blogue du Mile-End | Rapport de vigile sur les quartiers culturels (novembre 2012: transcription)

  7. Ping : Le blogue du Mile-End | Octobre 2012 en trois temps

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