Vers une position sur la filière culturelle Mile-End et le secteur Saint-Viateur Est

Photographie d'un gorille empaillé (Kenya), reproduite avec la permission de l’UNESCO / Michel Ravassard

IMAGE : Ballade avec un gros singe : vers un lexique populaire du culturel,
demeure une des entrées de blogue les plus populaires depuis le début des
discussions sur le blogue du Mile-End. Sans volonté d’exhaustivité, le texte
présente quelques définitions ouvertes des principaux concepts liés au monde
culturel, en suivant une trame narrative à la fois thématique et chronologique.

VERS UNE POSITION SUR LA FILIÈRE CULTURELLE MILE-END ET LE SECTEUR SAINT-VIATEUR EST

Depuis bientôt neuf mois, la plateforme ton-mile-end.net prépare une position officielle sur les industries culturelles – en particulier – celles qui sont en rapports directs avec la territorialité de notre quartier. À la suite de plusieurs, nous avons fait le choix de la dénomination « filière culturelle » pour décrire ce secteur d’activité économique, en outre, afin d’éviter la confusion provoquée par certains intrants économiques dans l’analyse de l’offre culturelle et des produits économiques associés aux produits de la culture. Les consultations qui seront menées en mai et en juin prochains (2012) dans notre arrondissement (Le Plateau-Mont-Royal) sur une éventuelle modification du plan d’urbanisme pour le secteur Saint-Viateur Est nous incitent à entreprendre de synthétiser les idées que nous avons développées au cours des derniers mois afin de favoriser l’échange avec la concitoyenneté du territoire et de la Cité.

Tel qu’annoncé l’automne dernier, nous aimerions adopter une position officielle qui s’articulerait autour de trois axes que nous espérons voir gagner en dynamisme au fil des discussions, des échanges et des interventions publiques que nous mènerons :

a. le marché des idées et, incidemment, la plus-value symbolique généralement associée aux biens et services culturels évoluent de manière parallèle et indépendante du marché régulé sommairement par l’offre et la demande. Nonobstant cette dernière proposition, nous cherchons à établir que ce marché constitue le moteur de notre économie – ou du moins des économies créatives – en ce sens où il est au premier plan de la capacité d’innovation de notre société. Au cours des derniers mois, nous avons beaucoup misé sur le développement de Montréal, métropole culturelle, l’adoption de l’Agenda 21 de la Culture et les consultations sur les quartiers culturels pour consolider le concept de Mile-End, quartier culturel.

b. le capital humain qui constitue les travailleurs et travailleuses de premières lignes du marché des idées est au centre de nos priorités. Le concept de capital humain réfère généralement à la santé des travailleurs, à leur capacité à poursuivre une éducation permanente et à leur employabilité. C’est surtout sur ce dernier point que nous nous sommes attardés, en outre, dans la construction de paradigmes qui pourraient constituer de futurs référents de politiques ou de politiques publiques visant à favoriser l’établissement de pratiques artistiques durables ou se présenter comme des alternatives aux actuels référents de politiques publiques culturelles.

c. finalement, comme nous le souhaitions déjà l’automne dernier, nous avons entrepris une campagne de sensibilisation qui vise à la fois la concitoyenneté et les instances afin de (re)valoriser le statut d’artiste. Conduite sous le thème « Pour que jamais l’imagination ne devienne une ressource non renouvelable, » la première phase de cette campagne s’organise à partir d’un postulat simple : en défendant les mérites des artistes les plus radicaux, nous servons la cause à la fois la cause des arts, de notre démocratie et de la culture, et ce, sur un plan théorique, pratique et participatif.

Comme pour les autres centres d’intérêt de la plateforme ton-mile-end.net, la campagne de sensibilisation pour une meilleure valorisation du statut d’artiste cherche à nourrir l’esprit citoyen et encourager l’habilitation des communautés.

LE MARCHÉ DES IDÉES

Nous tiendrons le cap au cours des prochains mois et probablement au cours des prochaines années avec une définition de la culture plutôt conservatrice, basée à priori sur la plus traditionnelle des formules utilisées pour définir la culture, soit comme la somme des productions intellectuelles et artistiques. Le quartier culturel est pour nous un territoire sur lequel s’est installée une chaîne de la créativité qui produit des biens et des services culturels qui sont propres à une génération et à une spatialité. Le bien ou le service culturel enrichit l’expérience humaine ou collective, par opposition aux biens de consommation courants.

Nous poursuivrons les intérêts d’une meilleure exploitation et une bonification de cette chaîne de la créativité et proposerons un développement économique et identitaire de notre quartier en phase avec ces intérêts.

À titre d’exemple, nous croyons que plusieurs rapports ou documents de références conçus pour et par des acteurs du quartier Mile-End gagneraient à être valorisés afin que leur accessibilité soit plus immédiate.

Cependant, nous continuerons d’établir les liens entre l’indépendance du marché des idées et l’économie réelle en valorisant l’innovation et, de manière générale, l’émergence d’idées neuves, la démocratisation des discours nouveaux et la multiplication des réalisations rendues possibles par la prolifération identitaire et par une plus grande tolérance envers la diversité ou l’hybridité de ces réalisations. Nous continuerons également de soutenir avec vigueur la recherche fondamentale dans les arts, la science et l’éducation.

LE CAPITAL HUMAIN ET LE CONCEPT D’EMPLOYABILITÉ

En envisageant les artistes et plus généralement les créateurs et les créatrices comme un capital humain et plus spécifiquement, en envisageant ce capital dans sa relation avec l’employabilité – souvent le facteur déterminant de l’opinion publique quant à leur position concernant le statut d’artiste, le financement des arts et de la culture et bref, quant à l’ouverture des politiques à considérer l’adoption de mesures, d’initiatives ou de politiques concernant leurs pratiques et leur bien-être – il semble possible de discerner des traits caractéristiques du marché des idées et de postuler la pertinence de l’élaboration de politiques publiques ou, du moins, de référents de politiques qui tiennent compte des conditions particulières de travail et d’embauche des artistes.

Nous croyons qu’une économie créative, culturelle ou du savoir doit favoriser les pratiques artistiques en rendant le territoire le plus accueillant possible à une variété de praxis artistiques et reconnaître l’intrinsèque relation entre les praxis artistiques de tous genres et la praxis culturelle du quartier, de la Cité ou du Monde : cette reconnaissance passe elle-même par la reconnaissance des artistes et des autres travailleurs de premières lignes du marché des idées comme capital humain, bref comme éléments productifs au sein de notre société qu’elle soit envisagée sur le plan de la démocratie ou comme société capitaliste avancée favorisant la mobilité des ressources financières, matérielles et humaines.

Le concept de capital humain est presque indissociable de celui de culture durable et du développement durable (économique, social, culturel et environnemental.) Aussi est-il particulièrement important dès lors qu’on s’intéresse à un marché des idées où la plus-value symbolique peut être conçue indépendamment de la logique de l’offre et de la demande : bien qu’il se réfère à l’accumulation de capitaux sans tenir nécessairement compte d’une limite qui lui permettrait de s’inscrire formellement, par exemple dans l’esprit du développement durable, le concept de capital humain associe sans sourcilier le bien-être matériel et non matériel des travailleurs, ce qui en soit, est une avancée sociale.

INTERNET, LE NUMÉRIQUE ET LE CHANGEMENT

En concomitance avec les trois axes que nous cherchons à organiser en un tout cohérent qui permettrait le développement d’une pratique culturelle, nous élaborons un modèle du changement dont nous sommes enclins à penser qu’il pourra s’avérer un outil de travail efficace d’ici le prochain Nouvel An. Plus près des préoccupations que nous avons exprimées plus haut, nous avons également mis en ligne un premier outil de sensibilisation au service de notre campagne pour meilleure valorisation du statut d’artiste au sein de la concitoyenneté.

Dans cet esprit, nous relevons qu’une récente enquête d’opinion publique menée en France (année présidentielle) permet d’établir une première série de catégories relatives à la culture. Les cousins français devaient répondre à la question suivante : quels devraient être les objectifs prioritaires en matière de politique culturelle? (1049 répondants)

Entretien du patrimoine culturel 70% | favoriser l’accès à la culture 62% | éducation artistique (à l’école) 43% | diversité culturelle 39% | soutien aux jeunes artistes 36% | promotion de la culture française à l’étranger 35% | meilleur accès à la pratique artistique 29% | développement des offres légales sur Internet 22% | soutien à la création contemporaine 17%.

Un coup d’œil rapide sur le premier outil de sensibilisation mis en ligne dans le cadre de notre campagne révèle que nous nous sommes attardés particulièrement à l’accès à la pratique artistique et au soutien à la création contemporaine.

Nous profitons de ce passage pour promulguer notre intention d’inclure le plus rapidement possible dans notre démarche un volet semblable à celui qui est ici haut appelé « développement des offres légales sur Internet. »

Une fois cet élément intégré, nous pourrons alors nous targuer, mi-figue, mi-raisin, d’avoir pris sous notre coupe les trois éléments qui semblent le plus défier l’acceptabilité sociale! Pour une praxis artistique originale, audacieuse et sémillante!

Finalement, il semble de plus en plus impossible d’envisager les arts comme un ensemble de disciplines épargnés par la révolution internet et la culture du numérique en général : aussi, nous croyons qu’en revisitant le statut d’artiste comme nous entendons le faire, il sera possible de détecter de nouvelles avenues ou de nouvelles ouvertures qui permettraient d’envisager une ou des définitions néocontemporaines de l’artiste et de son statut au sein de la société civile.

2 réflexions au sujet de « Vers une position sur la filière culturelle Mile-End et le secteur Saint-Viateur Est »

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